Santé mentale des jeunes en Belgique : un mal silencieux de plus en plus visible
Isolement, pression scolaire, réseaux sociaux… Les jeunes belges sont de plus en plus nombreux à souffrir psychologiquement. Face à une demande croissante, les professionnels tirent la sonnette d’alarme.
Reportage de Yasmine Rouissi et Léa Rousseau
Par notre rédaction
Alors que les jeunes belges naviguent entre études exigeantes, pression sociale et omniprésence des réseaux numériques, leur santé mentale devient un sujet de préoccupation majeure. Derrière des façades souvent bien tenues, les signes de détresse psychologique se multiplient. Si certains se sentent épargnés, d’autres témoignent d’un mal-être bien réel.
« Il m’arrive d’avoir des périodes où je me sens complètement dépassé. Le stress prend le dessus, et je ne trouve pas toujours les moyens de souffler », confie Lucas Minio, 20 ans, étudiant tournaisien. « Ce qui me manque, ce sont des aménagements pour respirer, pas seulement des conseils généraux. »
À l’inverse, Luka Carpentier, 23 ans, reconnaît que même sans en souffrir personnellement, le sujet mérite d’être pris au sérieux :
« Je vais bien, mais je vois des gens autour de moi qui ne vont pas bien du tout. Ce n’est pas parce qu’on n’est pas concerné qu’on doit ignorer le problème. »
Des chiffres alarmants en Belgique
Le constat n’est pas qu’anecdotique. Une enquête menée en 2022 par l’Observatoire de la Santé du Hainaut révèle que plus de 40 % des jeunes entre 15 et 24 ans ont déjà ressenti une détresse psychologique importante. Le SPF Santé publique évoque une augmentation de 30 % des consultations pour troubles anxieux et dépressifs chez les jeunes depuis la pandémie de Covid-19.
« La pandémie a été un déclencheur, mais aussi un révélateur. On voit aujourd’hui des jeunes qui tiennent à peine debout émotionnellement. Le plus grave, c’est qu’on n’a pas les moyens humains pour y répondre correctement », déplore une psychologue du Planning Familial de Tournai, qui préfère rester anonyme.
Elle évoque des listes d’attente de plusieurs mois pour accéder à des consultations psychologiques dans la région :
« Certain·e·s patient·e·s abandonnent avant même d’avoir été reçu·e·s. D’autres arrivent trop tard, déjà en crise. »
Une pression constante sur les épaules
Le monde scolaire, souvent présenté comme le cadre structurant de la jeunesse, devient parfois un facteur de tension supplémentaire. Lucas le résume en une phrase :
« On attend de nous qu’on soit performants en toutes circonstances, mais on ne nous enseigne pas à gérer la pression. On nous prépare à réussir, pas à tenir debout. »
Cette pression est particulièrement forte dans le supérieur, où les jeunes vivent un changement brutal de rythme, d’environnement, et souvent d’isolement.
La psychologue tournaisienne confirme :
« Les jeunes expriment une charge mentale énorme : ils jonglent entre études, attentes parentales, obligations financières, et une peur immense de l’échec. Ils savent souvent qu’ils ne vont pas bien, mais ils n’ont ni les mots ni les espaces pour le dire. »
Le rôle toxique des réseaux sociaux
Un autre facteur régulièrement pointé du doigt est la pression sociale alimentée par les réseaux sociaux. Instagram, TikTok, Snapchat : autant de vitrines où l’image projetée prime sur la réalité.
Selon une étude de l’UCLouvain, près de 7 jeunes sur 10 affirment ressentir un mal-être en se comparant aux contenus diffusés en ligne.
« C’est l’illusion du bonheur parfait qui est toxique. Les jeunes comparent leur quotidien brut aux moments filtrés des autres. Ils en sortent souvent avec un sentiment d’échec personnel », note la psychologue.
Des solutions en construction
Face à cette urgence, des initiatives commencent à émerger. Certaines universités, comme l’UCLouvain ou l’UMONS, ont lancé des cellules d’écoute, des groupes de parole, voire des ateliers de relaxation. Des associations comme Écoute Jeunes ou Télé-Accueil proposent des services gratuits, anonymes et souvent accessibles en ligne.
« Il faut former les profs, les éducateurs, mais aussi les jeunes eux-mêmes. Le mal-être ne se voit pas toujours. Et surtout, il ne faut jamais minimiser ce qu’un jeune ressent », plaide la psychologue du Planning familial.